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Fadjen, 1 an déjà - interview de Luce Lapin

samedi 26 février 2011

Le taurillon sauvé des arènes par Christophe Thomas a bien grandi depuis son arrivée, le 11 mars 2010, en Bretagne, dans la région de Rennes. Comment a-t-il évolué ? Comment se comporte-t-il avec les autres animaux, avec lesquels il partage son pré ? Petit entretien de l’équipe du CRAC Europe avec son « papa de remplacement »… et grande émotion.

Avec qui Fadjen joue-t-il le plus souvent : avec les quatre-pattes… ou avec le deux-pattes ?

Maintenant qu’il a dépassé les 200 kg, il s’amuse un peu moins avec le bouc, qui est trop petit pour lui : il est obligé de se mettre à genoux pour être à sa hauteur. Il ne le trouve plus assez résistant ! Le pauvre bouc doit peser une trentaine de kilos, il ne fait pas le poids, alors j’ai pris le relais. Enfin, c’est Fadjen qui m’a choisi comme compagnon de jeu, je n’avais rien demandé. Comme je le dis souvent, il me prend pour son pommier (c’est classique que les vaches se frottent la tête contre les pommiers dans nos campagnes), d’ailleurs je lui en ai offert un pour ses 1 an (rire). Le bouc est beaucoup plus violent que Fadjen quand ils s’amusent ensemble. Il n’hésite pas à se dresser sur ses pattes arrière pour lui flanquer un grand coup de tête — ça a la tête dure ! —, ce que Fadjen n’apprécie pas vraiment. Avec le cheval, dont il avait un peu peur, ça va plutôt mieux. Il le craint moins, et le cheval le tolère plus. Mais c’est surtout quand je m’approche du champ que le cheval se met à lui courir après, comme s’il voulait l’exclusivité.

Fadjen ne croise pas souvent la chienne, sauf quand je le sors du pré pour l’emmener en balade. C’est un grand moment pour elle, qui a envie de s’amuser avec lui. Il feint alors de la charger, ça l’amuse encore plus.


Votre relation a-t-elle évolué depuis le début ?

Oui, je le sens plus attaché à moi, et je le suis plus moi aussi d’ailleurs. Cela se traduit par des grands « meuh ! » quand il me voit. Et il reconnaît ma voiture, par exemple quand je rentre du boulot. Alors là, peu importe dans quel endroit du pré il se trouve, ni ce qu’il fait, il se met à courir vers le portail en meuglant tout ce qu’il peut, jusqu’à ce que j’aille le voir. Il me surveille beaucoup. Il se débrouille toujours pour avoir un œil sur moi ou sur la maison. Je n’aurais jamais cru qu’un taureau puisse réagir ainsi. La chienne me fait un peu la fête quand j’arrive, mais après c’est fini. Fadjen, si je l’écoutais, je devrais aller brouter avec lui dans le champ toute la journée !


Quelle est actuellement son alimentation ?

Je l’ai sevré alors qu’il avait un peu plus de 5 mois. Avec difficulté, pour lui comme pour moi. Ç’a été dur de ne plus lui donner le biberon. Il est passé par trois styles d’aliments différents, tous naturels, sans produits chimiques, sans hormones de croissance ni antibiotiques, et toujours en fonction de son âge. Je voulais qu’il bénéficie de tous les éléments nécessaires à un bon développement physique. Les animaux qui en ont manqué en souffrent à vie, car les carences sont irrémédiables. Il en résulte des bovins malades, fragiles, ou dont les cornes ont une pousse irrégulière. Fadjen consomme plus d’un sac de 25 kg d’aliments par semaine et dispose de foin à volonté, vu qu’il n’y a pas d’herbe en hiver.


Comment se comporte-t-il en dehors de son pré ?

Je ne veux pas parler pour lui. Mais je crois qu’il aime en sortir. Je le vois au saut de cabri qu’il fait au début de la balade, à tel point qu’il m’est difficile de le retenir à côté de moi. Il tire souvent au début. Et il marche sans relâche. Il peut être attentif à ce qui l’entoure, ou pas. J’ai l’impression qu’il dort parfois en marchant. Surtout sur la route du retour (rire, de notre équipe cette fois).

Le CRAC Europe, seule association qui parraine Fadjen, par contrat exclusif, assure la quasi-totalité de ses frais d’entretien. En dehors de l’aspect financier, que représente pour le sauveur de Fadjen ce partenariat, et, plus largement, quel espoir réel pour les taureaux tués dans l’arène ?

Il est important qu’une grande association puisse faire connaître Fadjen au public, car, à travers lui, c’est montrer le comportement de tous les taureaux qui entrent dans les arènes. Fadjen aurait dû être l’un d’eux. Si l’un de ses frères a été gracié à Barcelone il y a deux ans, lui n’aurait peut-être pas eu cette chance — si on peut appeler ça une chance, après toutes les souffrances et le stress endurés, et surtout quand on sait qu’ils succombent presque toujours à leurs blessures, trop profondes. Il faudrait parler plus justement, et moins hypocritement, de « fausse grâce ». Fadjen peut faire prendre conscience aux gens qu’on leur ment en présentant toujours les taureaux comme agressifs, qui chargent sans relâche. Cela apporte une image nouvelle, susceptible de toucher des personnes qui ne l’auraient pas été en voyant des taureaux souffrir dans les arènes, et ainsi de les sensibiliser. Quand, dans les débats télévisés contradictoires sur la corrida, qui excitent tant les médias, les anticorrida présentent, à juste titre, le taureau comme un herbivore paisible, ils subissent les railleries des aficionados, qui les accusent de ne rien y connaître aux taureaux « de corrida ». Eh bien, maintenant, grâce à Fadjen, on leur prouvera qu’ils se trompent.


Des réactions après quelques passages dans les médias ?

Oui, après les articles du Télégramme (journal breton) et après le reportage des « Animaux de la 8 », sur Direct 8. J’ai l’impression que les anticorrida se sont accaparé Fadjen et en ont fait un symbole anticorrida national. Je pense que ça va en motiver certains, qui ne savaient plus quoi faire contre la corrida, et des gens qui ne connaissaient pas ce milieu peuvent se rallier à notre cause.


Des projets avec Fadjen ?

Je prépare un tour de Bretagne (ma région natale) de trois semaines courant juin, à pied avec lui, afin de faire connaître les dessous de la corrida et surtout pour montrer ce qu’est vraiment un taureau « de corrida ». J’aimerais aussi que les médias s’intéressent un peu plus à Fadjen, pour une fois qu’ils ont la possibilité de voir un taureau et de se faire leur propre avis, et non de prendre pour parole d’évangile ce que le milieu taurin veut montrer et faire croire. J’aimerais insister sur une phrase en particulier qui prouve bien que la corrida est un gros mensonge dont les taureaux sont les victimes : « Vous avez un chien ? Eh bien, vous verrez, si vous vous occupez bien de votre taureau, il sera encore plus fidèle que votre chien ! » Ces propos de l’éleveur, le jour où Fadjen est parti de chez lui, me font mal chaque fois que j’y repense. Comment, sachant qu’un animal n’est pas dangereux, peut-on faire croire qu’il l’est et le laisser partir se faire massacrer dans les arènes ? Réponse : le fric !

Propos recueillis par Luce Lapin

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