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Café philo : "les droits de l’homme sur le vivant"

jeudi 5 juin 2008

C’est avec beaucoup de gentillesse que nous avons été reçus par Domitille Debienassis, professeur de philosophie au lycée agricole de Castelnau-le-Lez pour participer à un débat philosophique sur le thème des droits de propriété sur le vivant.
Prétexte pour la professeur, convaincue de protéger la nature et la biodiversité, végétarienne, de présenter aux élèves le CLAM et à travers lui un aspect de la protection animale.
Elle nous demanda, néanmoins de ne pas aller trop loin dans notre discours pour ne pas choquer les élèves. Le végétarisme ou même le concept politique d’abolition de la viande ne fut donc pas à l’ordre du jour. Nous avons pu toutefois étaler sur une table des documents - plutôt tournés vers l’exploitation des animaux d’élevage - et poser quelques affiches sur les murs de la salle. A noter, qu’elle invita en fin de débat les élèves à consulter notre documentation et deux filles se dirent prêtent à nous donner la main.

Bien qu’axé sur les droits de propriétés sur le vivant et par là il faut entendre tout ce qui concerne l’appropriation du vivant quand un nouvel organisme est "créé" par l’homme et devient ainsi la propriété de son créateur au sens commercial du terme, c’est plutôt sur l’exploitation animale et son cortège de maltraitance qu’il fut question lors de ce débat très animé et qui visiblement a intéressé l’auditoire. Il faut dire que le petit film de la PMAF diffusé en introduction sur l’élevage des poulets de chair ne pouvait pas laisser indifférent.

Le débat commença fort quand un élève nous déclara que tant que le capitalisme existera, l’exploitation source de détresse aussi. Pour cet étudiant, une évolution radicale ne pouvait qu’intervenir qu’en mettant fin à ce système destructeur.
Il lui fut rétorqué qu’avant de pouvoir s’attaquer et vaincre ce bastion indestructible, il fallait travailler à l’amélioration de ce monde.
Un autre ajouta, en fin gourmet, qu’en plus ce type de nourriture n’était pas bon. Il devait même ajouter un peu plus tard que l’on était né pour manger ou bien encore que l’animal que nous avons fait naître est né, lui, pour être mangé !! Ceci dit, le bien-manger pour être en bonne santé est un concept qui trouve une écoute auprès de ces jeunes que l’on imaginerait donc à tort dans un fast-food.
La professeur de philosophie axa ensuite le débat sur les religions dont certaines étaient plus respectueuses de l’animal que d’autres avec parfois des catastrophes économiques si l’on se réfère aux vaches sacrées d’Inde.

Tous ici semblaient d’accord de travailler sur d’autres modes de production à une échelle plus humaine en privilégiant la qualité. Un élève nous cita l’exemple de bœufs élevés dans le Causse, envoyés à l’engraissement en Italie et qui reviennent ensuite en France. Un autre parla des fromages fabriqués de façons artisanales depuis des centaines d’années au Kosovo et qui ne correspondent pas aux normes sanitaires européennes. Les paysans ne pouvant ni les consommer ni les vendre sont acculés à la misère. Question de sécurité, lui fut-il répondu car de local la production devient européenne. Un autre encore, évoqua les débuts de la domestication et de l’élevage ; de chasseur, l’homme est devenu éleveur avec toutes les conséquences néfastes que nous connaissons aujourd’hui.

Enfin, le professeur de biologie tenta d’orienter le débat vers une approche plus philosophique. Il posa la question fondamentale que si une espèce extra-terrestre éminemment supérieure à nous, nous réduisait en l’état de produit de consommation carné, comment réagirions-nous ? Et surtout, en substance, c’est bien ce que nous faisons, nous les humains, sur des animaux que nous avons réduits en esclave depuis des milliers d’années. Pas de réponse à cette question, car nous ne pouvons pas y répondre. En souhaitant qu’elle ait fait réfléchir quelques élèves sur l’horreur que nous faisons subir aux animaux et un très grand merci pour ce professeur d’avoir posé cette question.

Malheureusement, le temps imparti arrivait à terme. Dominique Siccardi, suivant les recommandations de la professeur de philosophie, présenta le CLAM et ses activités.

Ce café-philo fut une première pour nous. Nous avons apprécié l’amabilité et la gentillesse des professeurs, l’intérêt des élèves qui nous ont écouté avec sérieux. Assurément, une porte nous est ouverte dans ce lycée pour d’autres débats. Nous n’allons pas bouder notre plaisir.

Enfin, je souhaiterais remercier Dominique Siccardi, qui a su intervenir à bon escient et avec prestance et dont le discours fut toujours juste et percutant.
C’est bien grâce à elle que cette journée fut une réussite.

Dominique Joron