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Autriche : 2ème semaine du procès

mercredi 17 mars 2010

8 à 11 mars 2010 deuxième semaine du procès

Lors de la première séance de la semaine, la juge a annoncé qu’il était interdit aux accusés d’apporter leurs ordinateurs portables - ceci pour éviter qu’ils communiquent les uns avec les autres, et a précisé qu`il était déjà exceptionnel que les avocats aient obtenu le droit d`en avoir un. Les avocats ont expliqué en vain qu’il était possible de fournir aux accusés des ordinateurs portables à partir desquels toute communication entre eux serait impossible, que les dossiers représentaient 200 000 pages et que plusieurs accusés avaient été inculpés deux semaines seulement avant l’ouverture du procès.

Tout au long de la semaine, la juge a interrompu les accusés et leurs avocats et, à de nombreuses reprises, a cité des extraits de documents erronés bien qu’elle ait été informée du fait qu’il s’agissait de documents incorrectement traduits.

Suite de l’interrogatoire de Martin Balluch

Martin Balluch a été longuement interrogé au sujet de contacts avec des militants étrangers, parmi lesquels des personnes reconnues coupables dans le passé d’activités criminelles liées aux droits des animaux. Il a expliqué qu’au cours des années, les militants rencontraient d’autres militants lors d’activités légales, telles que des manifestations ou des sabotages de chasse et qu’il avait eu aussi des contacts avec des militants dans le cadre de son activité journalistique. Interrogé sur les raisons pour lesquelles il écrivait à des personnes détenues pour avoir commis des activités criminelles motivées par la défense des animaux, il a répondu qu’il écrivait à des prisonniers pour leur apporter un soutien dans leur isolement, indépendamment des raisons de leur détention. Il a ajouté qu’il avait longtemps correspondu, pour cette même raison, avec un détenu condamné à mort.

Martin Balluch a été questionné, entre autre, sur les points suivants :

  • Hébergement de militants étrangers. Martin Balluch a répondu qu’il était tout à fait habituel d’accueillir des militants étrangers venus participer à des activités militantes légales.
  • Campagne de SHAC. Martin Balluch a expliqué que c’était une campagne, relayée dans plus de 100 pays, contre l’un des plus gros laboratoires testant sur les animaux. Que les activités de cette campagne étaient essentiellement légales et qu’il était normal pour le mouvement animaliste de distribuer des informations sur ces actions et d’inviter les gens à y participer - bien que lui-même n’ait jamais invité les gens à le faire.
  • Enquêtes dans les élevages. Trouverait-il contestable le fait de pénétrer clandestinement dans un appartement, même sans y causer de dommage ? A cela, Martin a répondu que ce n’était pas du tout la même chose que de pénétrer dans un élevage pour y filmer les conditions de vie des animaux dans le but d’informer le public.
  • Run-in. Martin a expliqué qu’il s’agissait de manifestations non déclarées, improvisées et, qu’en effet, il avait participé à une action de ce type durant laquelle les manifestants étaient entrés dans un magasin vêtus de fourrure maculée de peinture rouge.
  • Cryptage d’ordinateur. Il est reproché à Martin d’avoir crypté son ordinateur et ceux de VGT et d’avoir conseillé à d’autres personnes de faire de même. Martin a expliqué que si, dans un premier temps, la police n’avait pas pu avoir accès au contenu des ordinateurs de l’association, elle avait fini par découvrir une sauvegarde non cryptée et qu’elle n’y avait rien trouvé de compromettant. Un avocat est intervenu pour présenter une déclaration du secrétaire général d’Amnesty International disant que tous les ordinateurs de cette organisation étaient cryptés ainsi que des documents selon lesquels la Chambre de Commerce de Vienne recommande de crypter les ordinateurs et propose un logiciel de cryptage gratuit
  • Ateliers pour la libération animale. Martin a expliqué que ces ateliers annuels, gratuits et ouverts à tous, initiaient les participants à des activités militantes exclusivement légales. Il a ajouté qu’il s’organisait aussi des rencontres animalistes fermées au public, au cours desquelles les militants débattaient des questions concernant les droits des animaux et s’entraînaient à des activités non criminelles de désobéissance civile.
  • Animal Rights Radio Show. Le fait de rapporter des actes de vandalisme pendant cette émission hebdomadaire ne risquait-il pas d’inciter des auditeurs à en commettre ? Martin a objecté à cela que si c’était le cas, il serait impossible aux médias de parler d’affaires de meurtres.
  • Intervention sur l`ALF. Martin a nié avoir fait une intervention sur l’ALF lors d’une rencontre animaliste aux Pays-Bas en 2007 et a présenté à l’appui un email répertoriant la liste des interventions autrichiennes qui avaient lieu pendant cet événement.

Le procureur a présenté des mails contenant des informations sur des actions légales, et des photos prises lors d’une conférence en Autriche en 2004, sur lesquelles on peut voir vaguement plusieurs des accusés. Selon lui, ces documents démontrent l’existence d’une collaboration entre les accusés. Pour réfuter cette affirmation, Martin Balluch a produit des mails dont le contenu rendait compte de farouches disputes entre les accusés.

Il a été question du livre de Peter Singer In defence of animals, auquel Martin Balluch avait collaboré, afin de démontrer que celui- ci défendait l’idée que les campagnes et les méthodes de confrontations légales (y compris les activités de désobéissance civile), sont plus à même de faire évoluer la situation des animaux que les actes de vandalisme. Selon la juge, les propos en faveur des activités légales tenus par Martin dans ce livre pourraient s`expliquer par le fait que dès cette époque il se savait sous surveillance policière.

Martin a parlé du sauvetage "à visage découvert" de sept poules détenues dans un élevage en batterie pour lequel il avait été inculpé et finalement déclaré non coupable, compte tenu du fait que cette action avait été menée dans l`intérêt général.

11 mars, interrogatoire de Felix Hnat

Le juge a ouvert la séance en annonçant que deux activités illégales avaient eu lieu depuis le début du procès. L’une d’elle concernait la vitrine d’un magasin Kleider Bauer qui avait été brisée et l’autre une banderole déployée le long d’une autoroute portant l’inscription "Si vos nous criminalisez, nous deviendrons des criminels".

Felix Hnat a dit qu’il se consacrait essentiellement à son travail pour la Vegan Society autrichienne, dont il est le président. Mais qu’en tant que membre de VGT, il lui arrivait occasionnellement d’apporter son soutien à des manifestations organisées par cette association.

Il a déclaré qu’il était certain de la non existence de l’organisation criminelle.

Questionné sur des déclarations extraites de mails dont il était l’auteur, Felix Hnat a été en mesure de produire le contenu intégral de nombre de ces mails afin de montrer que, pris dans leur contexte, ses propos étaient inoffensifs. Félix a fait remarquer que les extraits de mails avaient été choisis par la police afin de le présenter sous un jour défavorable. La juge a mis alors en garde Felix sur le fait que l’on pourrait interpréter cette remarque comme une accusation. Entendant cela, deux des avocats et un des accusés se sont levés pour dire qu’effectivement la police avaient menti et proposer de le démontrer.

Questionné au sujet de la campagne contre Kleider Bauer, Felix Hnat a expliqué qu’elle avait été menée dans le but de convaincre les consommateurs et non de commettre des actes de vandalisme.

Accusé de coercition pour avoir envoyé des lettres menaçantes à des entreprises de confection afin qu’elles cessent de vendre de la fourrure, Félix a réfuté cette accusation et expliqué que ses courriers étaient polis et conformes aux campagnes de courriers habituelles des ONG : c.a.d. informant les entreprises du fait qu’une campagne sera menée contre elles si elles continuent à vendre de la fourrure.

La juge a lu ensuite une liste d’atteintes à la propriété liées à la campagne anti-fourrure contre P&C. Félix a déclaré qu’il ne savait rien de ces infractions si ce n’est que pratiquement toutes avaient eu lieu à l`étranger.