Accueil > Présentation > La pêche commerciale

La pêche commerciale

dimanche 9 mai 2010

Les pêcheurs n’ont pas forcément toujours bonne presse. On les accuse à cause d’une pêche intensive d’épuiser les ressources sans attendre le renouvellement des espèces et cela à une époque où l’on s’interroge de plus en plus sur l’impact de l’homme sur son environnement.
On peut également s’interroger sur la pertinence de poursuivre cette activité.
Pourquoi ? Parce que :

  • sur un plan éthique (ainsi que compassionnel), il n’est pas défendable de causer de telles souffrances et stress à des êtres sensibles, conscients, fussent-ils non-humains. Cela reste trop souvent méconnu ou oublié mais rappelons que les poissons sont des animaux au système nerveux développé, ce sont des êtres sensibles (sentients) qui, bien qu’ils soient évolutivement éloignés des humains, n’en ressentent pas moins la souffrance et le stress.
  • sur les plans économique et social, cette activité n’est pas viable : les pêcheurs n’ont pas réellement de protection sociale et les patrons-pêcheurs ne peuvent continuer que sous perfusion des subventions de la Communauté Européenne qui leurs sont allouées.
  • sur un plan nutritionnel enfin, puisque la consommation de poisson n’est en rien nécessaire à l’alimentation humaine.

Nous ne parlerons ici que de la pêche commerciale, industrielle, même si de nombreux arguments confirment que la pêche "de loisir", ou d’autres pratiques concernant les poissons (comme leur mise en captivité) sont également indéfendables.

Le poisson : un animal qui peut souffrir !
Tant par sa biochimie que par sa structure, leur système nerveux central ressemble beaucoup au nôtre. De nombreuses terminaisons nerveuses enregistrent et transmettent la douleur.
La capacité des poissons à ressentir stress et souffrance est aujourd’hui pleinement reconnue : poursuivis, menacés ou encore enfermés, leurs rythmes cardiaques et respiratoires augmentent et il y a une décharge hormonale d’adrénaline.
Ils se tordent de douleurs, halètent quand ils sont blessés. Ils ressentent également la peur.

Capacités des poissons
Les poissons peuvent communiquer entre eux en comprimant leur vessie natatoire en grinçant des dents ou encore en frottant certaines de leurs arêtes les unes contre les autres.
De nombreux poissons peuvent se diriger dans l’obscurité notamment grâce à une ligne latérale, un organe sensitif situé de chaque côté du corps qui détecte la moindre vibration signalant les objets proches.
Leur sensibilité à la lumière et aux odeurs est bien supérieure à la nôtre. Ils peuvent être friands de caresses en se frottant les uns contre les autres lors de la cour mais aussi avec des humains. Par exemple, le robin des mers "ronronne" quand on le caresse (selon des enregistrements sonores du Narragansett Marine Laboranty).


La pêche : une activité cruelle

Les thons à nageoires jaunes sont pêchés à la seine tournante et enveloppante, un banc de poisson est encerclé avec un filet qui est ensuite resserré, hissé et maintenu sous 0°. Ceux qui ne meurent pas écrasés ou étouffés sont victimes de choc thermique.
Les dauphins se prennent aussi dans les filets, ce qui a valu un concert de protestation. Un exemple de spécisme puisque l’on proteste lorsqu’il s’agit d’une espèce "sympathique" mais que l’on reste indifférent lorsque cela concerne des espèces "sans intérêt".
Dans la pêche au chalut, les poissons sont entraînés et pressés vers l’extrémité du filet en culs de sac, mêlés généralement à des cailloux et pendant des heures. Les frottement leurs mettent souvent les flancs à vif.
Pris dans les mailles, ils ne peuvent reculer et meurent parfois en se vidant de leur sang pendant de longues heures, les pêcheurs ne remontant pas le filet chaque jour.
En plus des poissons, plus d’un million de mammifères, tortues et oiseaux se prennent accidentellement dans ces filets.
La décompression est terrible lorsque la remontée est forcée : la chute de la pression provoque une dilation du gaz enfermé dans leur vessie natatoire qui parfois éclate. Les yeux sortent de leurs orbites, l’estomac et l’œsophage par la bouche.
Les poissons sont extraits des filets par des crochets. Il arrive que les espadons, thons et requins soient pêchés aux harpons ou par palangres flottantes (un fil atteignant parfois 50 km garnis de milliers hameçons avec appâts.)
Les poissons sont déversés sur la glace pilée. Les plus petits comme les flets sont écrasés par les couches suivantes ; les plus grands (morues, aiglefins) sont vidés sur le pont après avoir été lardés avec de courtes tiges pointues. Les poissons non désirés sont rejetés par-dessus bord - parfois à la fourche.

Le poisson est donc bien un être sentient décimé par milliards chaque année par la pêche commerciale. Et la mort de ces milliards de poissons n’est ni indolore ni rapide.

Pêcheur : un métier souvent précaire et coûteux pour la collectivité

Par ailleurs, il n’est pas inutile de rappeler non plus que le plus souvent les pêcheurs sont maintenus dans une certaine forme de précarité. Ils sont payés non pas aux temps passés mais à la production (ce qui est aléatoire), ne le sont pas quand le bateau reste à quai et leurs patrons ne cotisent pas aux Assedic.

Mais de plus, la pêche "au loin" accule à la misère des populations autochtones. Des pirates somaliens attaquent même, actuellement, les pêcheurs bretons et ils sont présentés par la presse française comme des voyous alors qu’ils ne défendent que leurs moyens de subsistance. Ces pêcheurs bretons sont protégés par l’armée française et on est en droit de s’interroger quant au coût supporté par le contribuable français pour maintenir des populations dans une extrême pauvreté et en détruisant une bonne part de la faune marine.

De plus, les bateaux surdimensionnés de plusieurs millions d’euros ont été payés à hauteur de 40 % par le contribuable.
D’ailleurs le NEIC (Nutrition Ecology International Center) a lancé une pétition visant à supprimer les subventions allouées à l’élevage et à la pêche parce que " l’argent des impôts de citoyens européens subventionnent les mauvais choix avec un grand impact négatif direct et indirect sur la santé humaine, l’environnement et l’économie mondiale. "
Il serait tant de remettre en cause certains emplois quand ceux-ci peuvent être sources de grandes nuisances ou encore de destruction d’espèces animales et végétales.

Raisonnée ou pas : la pêche reste cruelle et elle est de ce fait inacceptable
La pêche industrielle se révèle une catastrophe d’ampleur majeure : la logique productiviste capitaliste génère une pêche de plus en plus massive, de plus en plus loin des terres et de plus en plus profond, causant la désertification des océans, la disparition d’espèces, la pollution des mers et la destruction des fonds marins.
Mais une pêche raisonnée, respectueuse des ressources n’est pas acceptable non plus puisque la souffrance occasionnée aux poissons est identique. Il semble donc qu’il faille envisager sérieusement une reconversion des pêcheurs en apportant toute l’aide nécessaire. Le bassin du Nord de la France s’est tari de son minerai et il a bien fallu procéder à la reconversion de ses travailleurs en leur offrant de nouvelles perspectives. Ce qui a été possible là devrait être possible ici pour peu que l’on en ait la volonté. Développement du tourisme (promenade en bateau, plongée sous-marine), programme de dépollution des fonds marins et surveillance, musées du souvenir autour de la pratique de la pêche, protection de la faune et de la flore marine, marin sur d’autres types de bateaux, etc.


Le poisson n’est pas nécessaire à notre alimentation

Mais, me direz-vous, la consommation de poissons est nécessaire à notre équilibre alimentaire. Encore une idée reçue !
Dans " le " poisson, on trouve :

  • Omega 3 : Les huiles végétales non dénaturées en contiennent. De surcroît les poissons produisent peu d’oméga 3 et ceux d’élevage encore bien moins car ils n’ont pas accès au nutriments marins.
  • Phosphore : on en trouve dans les fruits secs, artichauts, asperges, bananes, blés, cerises, châtaignes, haricots, pommes de terre, poireaux, oranges, persils, pêches… et la liste est longue !!
  • Fer : légumineuses, céréales ou pains enrichis, crème de blé, légumes aux feuilles vert foncé, noix, fruits secs, mélasse et tofu.
  • Zinc : céréales entières et graines.
  • Vitamine A et bêtacarotène : légumes de couleur jaune ou orange vif, les légumes à feuilles vertes ou les fruits jaunes (abricots, mangues et citrouilles).
  • Iode : sel iodé, algues, et plantes cultivées dans un sol riche en iode.

"Le" poisson apporte aussi pas mal de toxines concentrées dont des métaux lourds et du mercure.
Enfin, une étude menée à l’Université d’Harvard a remarqué que plus on mange de poisson, plus on est susceptible de devenir diabétique.

En conclusion, la pêche est cruelle, facteur de misère humaine, responsable de catastrophe écologique et n’est en rien nécessaire à la consommation humaine. Il serait peut-être temps d’arrêter le massacre, non ?

Sources

Complément d’info extrait du livre de David Chauvet La Mentaphobie

"Une conception qui commence à peine à changer, comme le souligne le spécialiste Culum Brown (2006) : " Parmi les vertébrés, ce sont les poissons qui ont souffert le plus d’une conception erronée de l’échelle de l’évolution. Au cours des dernières décennies, cependant, cette erreur a commencé à être corrigée. Nous nous rendons compte maintenant que, comme le reste des vertébrés, les poissons présentent un riche éventail de comportements complexes et que l’apprentissage joue un rôle central dans le développement de leur comportement.
Évanouis, ou du moins dépassés, sont les jours où les poissons étaient considérés avec dédain comme des machines dotées d’un cerveau de la taille d’un petit pois, et dont la flexibilité du comportement était sérieusement limitée par leur fameuse mémoire de 3 secondes (illustrée par le personnage de Dory dans le film de Disney " Le monde de Nemo ") (...) les poissons ont en réalité une mémoire à long terme impressionnante, comparable à celle de la plupart des autres vertébrés (Brown, 2001 ; Warburton, 2003).
Leur système nerveux comporte à la fois des composantes analogues et des composantes homologues à celles des mammifères, et il est capable d’à peu près la même puissance de traitement (Broglio et al. 2003).
Leurs capacités cognitives dans de nombreux domaines sont comparables à celles des primates non humains (Bshary et al., 2002 ; Laland & Hopitt, 2003 ; Odling-Smee & Braithwaite, 2003). Les poissons ont développé des traditions culturelles complexes et suivent des stratégies machiavéliques de manipulation, de tromperie et de réconciliation (Bshary et al., 2002 ; Brown & Laland, 2003).
Ils se reconnaissent entre eux et sont de plus capables d’évaluer le prestige social des autres (Griffiths, 2003 ; McGregor, 1993) ; ils coopèrent de diverses façons au cours de la recherche de nourriture, la navigation, la reproduction et l’évitement des prédateurs (Huntingford et al. 1994 ; Johnstone & Bshary, 2004 ; Fitzpatrick et al., 2006).
Il est clair que les développements récents de notre compréhension de la flexibilité du comportement des poissons demande un complément d’enquête. "
La mentaphobie est l’attitude de dénégation de l’existence d’une pensée animale.