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OEUFS, POULET : Ce que chacun devrait savoir avant d’ouvrir la bouche

mardi 29 août 2017

Compilation de Nicolas Steffen

La première fois que j’ai vu une poule prendre un bain de poussière, étendre une aile irisée au soleil, puis profiter de la chaleur de l’après-midi pour voler sans effort jusqu’aux branches d’un arbre et s’y nicher, j’ai été ébahi. Je ne savais pas qu’une poule pouvait voler dans un arbre. Ma surprise résultait de mon ignorance. Je ne savais rien des poules, tout simplement. Jeffrey Moussaieff Masson, Le cochon qui chantait à la lune, Le monde émotionnel des animaux de ferme, One Voice, 2010

Vous pensiez sans doute qu’un poulet était un poulet. Pourtant, depuis un demi-siècle, il existe deux sortes de volailles – poules pondeuses et poulets de chair – qui ont un code génétique distinct. En anglais, nous les appelons tous les deux chickens, mais ils ont des corps et des métabolismes très différents, conçus en vue de « fonctions » bien différentes. Les poules pondent des œufs. (Leur production d’œufs a plus que doublé depuis les années 1930.) Les poulets de chair sont élevés pour leur viande. (Au cours de la même période, ceux-ci ont été manipulés pour atteindre une taille plus de deux fois supérieure en deux fois moins de temps. Autrefois les poulets avaient une espérance de vie allant de quinze à vingt ans, mais les poulets actuels sont généralement tués au bout de six semaines. Leur rythme de croissance journalière a augmenté d’environ 400%.) Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ?, Le Seuil, coll. « Points », 2012

L’éminente physiologiste animalière Lesley Rogers a mis en évidence la latéralisation du cerveau aviaire – la séparation du cerveau en un hémisphère droit et un hémisphère gauche dotés chacun de spécialités distinctes – à une époque où l’on pensait que c’était une caractéristique exclusivement humaine. Se fondant sur quarante années de recherche, le Dr Rogers déclare que notre connaissance actuelle du cerveau aviaire « prouve que les oiseaux possèdent des capacités cognitives équivalentes à celles des mammifères, et même à celles des primates ». Elle affirme qu’ils possèdent une mémoire sophistiquée qui « est transcrite selon une sorte de séquence chronologique qui finit par constituer une autobiographie unique ». Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ?, Le Seuil, coll. « Points », 2012

Et à la vue des poules, là, j’ai dit « Oh merde, qu’avons-nous fait de ces êtres fragiles, nous les humains ? » Extrait du témoignage FB de Solange Mallet, le jour du sauvetage de 4 poules destinées à l’abattoir.

Parler de « conditions » d’élevage et d’abattage induit l’idée que le problème est concentré, voire limité, à une affaire de modalité et qu’il pourrait par conséquent exister un élevage et un abattage tels que les problèmes éthiques disparaîtraient. On se plaît à imaginer un élevage d’animaux « heureux », tués « humainement ». Ceux qui divaguent ainsi doivent être ramenés à la raison. Florence Burgat, La cause des animaux, Pour un destin commun, Buchet Chastel, 2015

POULETS DE CHAIR – DES COUVOIRS A LA « RECOLTE »

A une certaine époque, j’avais cherché à savoir comment les poulets de chair étaient élevés. Ce n’était pas facile. Ces endroits sont interdits au public. Les producteurs de poulets ne veulent pas que l’on en sache trop sur la façon dont leurs poulets arrivent dans l’assiette. Jeffrey Moussaieff Masson, Le cochon qui chantait à la lune, Le monde émotionnel des animaux de ferme, One Voice, 2010

Mais d’où viennent les œufs nécessaires pour faire éclore un poussin ? Voilà où les élevages de reproducteurs de poulet de chair entrent en jeu. (…) Les fermes d’élevage de reproducteurs de poulet de chair, qui sont exploitées par des producteurs d’œufs d’incubation de poulet de chair, élèvent des oiseaux femelles (poules) et mâles (coqs) qui deviennent les parents des poulets à griller. Ces poulets et ces coqs s’accouplent pour produire des œufs fertilisés (pas les mêmes œufs que ceux que nous mangeons), qui sont vendus aux couvoirs aux fins d’incubation. Parlons poulet, https://parlonspoulet.ca/de-la-ferm...

Les couvoirs ressemblent à des portes de coffre-fort haute sécurité. On les ouvre : ô miracle ! Les petits ont cassé leur coquille. Chaque couvoir accueille des milliers de naissances simultanées. Un plateau géant équipé de roulettes, sur lequel s’empile un nombre invraisemblable de cagettes pleines de poussins de dix minutes d’âge, est mené dans une vaste salle de travail. Là, des femmes – rarement des hommes – en attrapent de pleines poignées qu’elles jettent dans le circuit. Fabrice Nicolino, Bidoche : L’industrie de la viande menace le monde, Les Liens qui libèrent, 2009

Le jour de leur éclosion, ils sont livrés par camion, entassés dans des hangars géants où ils passeront leur unique mois de « vie », puis ils partiront vers un abattoir. Jeffrey Moussaieff Masson, Le cochon qui chantait à la lune, Le monde émotionnel des animaux de ferme, One Voice, 2010

Le producteur de poulets de chair reçoit depuis les couvoirs un lot pouvant comprendre 10’000 ou 50’000 poussins d’un jour, voire plus, qu’il place dans un long hangar sans fenêtres – habituellement à même le sol, bien que certains producteurs utilisent des cages étagées afin de loger plus d’animaux dans un bâtiment de même taille. Peter Singer, La libération animale, Payot & Rivages, 2012

Personne n’aurait pu deviner ce que renfermaient ces gigantesques hangars verts. (…) En entrant à l’intérieur, j’ai été presque aveuglé par la vue de 25’000 poulets tout blancs, rangés les uns contre les autres à perte de vue. (…) Je m’étais attendu au bruit et à une odeur terrible. Or, c’était d’un calme mortel (…) Les plus proches me regardaient, et j’ai eu cette horrible prise de conscience que je laissais ces poulets à leur sort, même si j’étais là pour comprendre et pour écrire sur leur calvaire dans l’espoir que certains se rendent compte qu’il était mal de les tuer. Mais je n’allais rien faire de positif pour ces 25’000 poulets. Ils allaient tous être abattus. Jeffrey Moussaieff Masson, Le cochon qui chantait à la lune, Le monde émotionnel des animaux de ferme, One Voice, 2010

Grâce à une alimentation très enrichie et à la sélection artificielle opérée par les éleveurs, ils atteignent leur poids d’abattage à l’âge de six semaines, c’est-à-dire bien avant l’âge adulte qui n’est atteint qu’à partir de 6 à 9 mois suivant le type de poule. Dans cette croissance « forcée », ce ne sont que les muscles (c’est-à-dire la partie consommée) qui grandissent rapidement, pas les pattes, le cœur et les poumons. Du coup, les poulets souffrent de douloureuses déformations des pattes au point qu’ils ont du mal à rester debout et encore plus à marcher. Thomas Lepeltier, La révolution végétarienne, Editions Sciences humaines, 2013

L’éclairage est ajusté selon les conseils de chercheurs agronomes : il sera par exemple intense vingt-quatre heures sur vingt-quatre pendant la première ou les deux premières semaines, pour encourager les poussins à prendre rapidement du poids ; (…) enfin, lorsque les oiseaux sont âgés d’environ six semaines et ont grossi au point d’être entassés, vient un moment où la lumière sera maintenue de façon permanente à un niveau très faible. Cette pénombre a pour but de réduire l’agressivité provoquée par l’entassement. Peter Singer, La libération animale, Payot & Rivages, 2012

Le « picage » (coups de bec aux plumes) et le cannibalisme sont, dans le jargon des éleveurs de poulets de chair, des « vices ». Ce ne sont pas là, pourtant, des vices naturels ; ils résultent du stress et de l’entassement que les producteurs modernes font subir à leurs oiseaux. (…) Les éleveurs doivent faire cesser ces « vices » puisqu’ils leur coûtent de l’argent (…) Les conditions non naturelles dans lesquelles les poulets sont maintenus sont la cause des vices, mais pour les contrôler les éleveurs doivent rendre ces conditions encore moins naturelles. Un éclairage très faible est un des moyens employés. Une mesure plus dramatique, qui n’en est pas moins aujourd’hui largement utilisée dans l’industrie, est le « débecquage ». Peter Singer, La libération animale, Payot & Rivages, 2012

A l’époque, on opérait au chalumeau. (…) Aujourd’hui la préférence va à un appareil spécialement conçu semblable à une guillotine dotée de lames chauffées. Le bec du poussin est inséré dans l’appareil, et la lame chaude en coupe l’extrémité. Le tout se fait très rapidement, au rythme de quinze poussins environ à la minute. Peter Singer, La libération animale, Payot & Rivages, 2012

Cette « opération » douloureuse est effectuée si rapidement – et bien sûr sans anesthésie – qu’il n’est pas rare du tout qu’elle entraîne d’horribles blessures qui ne seront pas soignées, sachant que s’en préoccuper ne serait pas « rentable ». Jeffrey Moussaieff Masson, Le cochon qui chantait à la lune, Le monde émotionnel des animaux de ferme, One Voice, 2010

Même quand l’opération est conduite correctement, ce serait une erreur que d’y voir une procédure indolore, semblable à la coupe des ongles de nos orteils. Comme l’a découvert il y a quelques années un comité d’experts gouvernemental britannique, sous la direction du professeur F. W. Rogers Brambell, zoologiste : « Entre la corne (du bec) et l’os se trouve une fine couche de tissu tendre hautement sensible, semblable à la chair vive sous l’ongle humain. La lame chaude utilisée pour le débecquage tranche dans cet ensemble formé de corne, d’os et de tissu sensible, occasionnant une douleur sévère. » Peter Singer, La libération animale, Payot & Rivages, 2012

Passant quasiment tout leur temps assis, sur une litière humide et sale, beaucoup de poulets souffrent de douloureuses ampoules sur la poitrine, de brûlures aux jarrets et d’ulcères aux pattes. Un grand nombre de poulets meurent même de faim et de déshydratation car ils n’arrivent pas à se rendre aux points d’eau et de ravitaillement. Ils ont également du mal à respirer tant leurs poumons sont compressés. Enfin, le cœur ne pouvant pas suivre le développement trop rapide du corps, beaucoup meurent d’une crise cardiaque avant l’âge de l’abattage (le nombre de morts prématurés augmenterait d’ailleurs très rapidement si on les laissait vivre quelques semaines de plus, tant leur état de santé est déplorable). Thomas Lepeltier, La révolution végétarienne, Editions Sciences humaines, 2013

Ils étaient tous en train de manger : que pouvaient-ils faire d’autre ? Le principe est de les faire manger le plus possible, surtout au cours de la dernière semaine, afin qu’ils atteignent le bon poids aussi vite que possible et au moindre coût. (…) L’idée qu’il s’agisse d’êtres vivants est absente. Il aurait été inutile de demander au producteur s’il pensait que les poulets ressentaient quelque chose. (…) Le producteur m’expliquait qu’il traversait tous les jours cet espace bondé et suffocant pour retirer les poulets morts ou mourants et les jeter. Il me regardait avec suspicion. « Vous ne faites pas partie de ces dingues de défenseurs des droits des animaux, n’est-ce pas ? Bon, alors, eh bien, je suppose que je peux vous le dire, je retire aussi ceux qui ne grandissent pas. Ce ne serait pas rentable, n’est-ce pas, de les garder ? Aucun intérêt, ce ne sont que des bouches inutiles. » Jeffrey Moussaieff Masson, Le cochon qui chantait à la lune, Le monde émotionnel des animaux de ferme, One Voice, 2010

Appliqué à la viande, aux œufs, aux produits laitiers, le label « plein air » est du baratin. Il ne devrait pas plus rassurer que ceux de « 100% naturel », « frais » ou « magique ». Pour être considéré comme élevés en plein air, les poulets de chair doivent avoir « accès à l’extérieur », ce qui, si l’on prend ces mots de façon littérale, ne veut absolument rien dire. (Imaginez un hangar abritant trente mille poulets, avec, à une de ses extrémités, un petit portillon ouvrant sur un enclos de terre battue d’un mètre cinquante de côté – et ce portillon restant la plupart du temps fermé.) Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ?, Le Seuil, coll. « Points », 2012

Le label « bio » attribué aux volailles ne signifie nullement qu’elles ont été élevées dans la nature, mais seulement qu’elles sont nourries avec des céréales bios. Même les volailles cataloguées « élevées en plein air » vivent en vérité dans de sordides hangars où 9 à 12 oiseaux s’entassent sur chaque mètre carré. De temps en temps, on les fait circuler dans un couloir grillagé, ou on les laisse sortir brièvement à l’extérieur pour qu’elles puissent marcher un peu. Nous sommes donc loin des « poules heureuses » que nous vantent les publicités. Matthieu Ricard, Plaidoyer pour les animaux, Allary Editions, 2014

Si le fait de vivre dans de longs hangars sans fenêtres, surpeuplés, remplis d’ammoniac et de poussière est stressant pour les poulets, leur premier et unique contact avec la lumière du soleil ne l’est pas moins. Les portes sont ouvertes brusquement et les oiseaux, à ce stade habitués à une demi-obscurité, sont empoignés par les pattes, portés à l’extérieur la tête en bas, et fourrés sommairement dans des caisses empilées à l’arrière d’un camion. Peter Singer, La libération animale, Payot & Rivages, 2012

Si le travail se déroule à la vitesse appropriée – 105 poulets mis en caisse par chaque employé en 3 minutes et demie semble être le rythme généralement requis selon plusieurs opérateurs que j’ai interrogés –, les oiseaux seront manipulés sans ménagement et, m’a-t-on également indiqué, les employés sentiront souvent les os des pattes se briser sous leurs doigts. (Environ 30% de l’ensemble des volailles vivantes arrivant à l’abattoir présentent des fractures récentes dues à des croisements génétiques délirants et à des manipulations brutales.) Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ?, Le Seuil, coll. « Points », 2012

Mais il existe désormais des aspirateurs à poulets – les professionnels parlent plutôt de « récolteurs », comme si les volailles étaient des céréales et qu’il s’agissait de les moissonner (nous sommes toujours dans la négation du vivant). La machine, munie d’un bras télescopique, attrape les oiseaux avec des brosses rotatives qui les projettent sur un tapis roulant, lequel les envoie directement dans les palettes de livraison. Par souci de rentabilité toujours, les animaux sont entassés dans des camions qui ne sont pas toujours adaptés, dans des conditions climatiques qui peuvent causer des blessures, de lentes agonies et des morts par déshydratation durant le trajet. Parfois, le chauffeur est seul à les décharger (économie de personnel), ce qui implique davantage de brutalité, car de pression et d’impatience. Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Ethique animale, Presses Universitaire de France, 2008

VIE D’UNE POULE PONDEUSE

Quand j’avais six ans environ, nous avions un voisin dont les poules se promenaient librement dans sa propriété. Il me demandait d’aller l’aider à ramasser les œufs. J’adorais cela. (…) Cependant, à l’époque, je me posais cette question : ne sommes-nous pas des voleurs ? Ces œufs que nous prenions, c’était à la poule qu’ils appartenaient, pas à nous. Jeffrey Moussaieff Masson, Le cochon qui chantait à la lune, Le monde émotionnel des animaux de ferme, One Voice, 2010

Dix minutes à peine après qu’ils sont sortis de leur coquille, les poussins sont arrachés à leurs couvoirs et balancés sans le moindre ménagement dans un circuit fait de tapis roulants, de conduits, d’aspirateurs et de trappes. Ils sont triés par sexage. Les femelles sont gardées pour devenir de futures poules pondeuses. Aymeric Caron, No steak, Editions J’ai Lu, 2014

Les producteurs d’œufs se débarrassent des poussins mâles dès le sexage, car les mâles ne pondent pas d’œufs et ne peuvent être utilisés en tant que poulet de chair. Gary Francione, Introduction aux droits des animaux, Editions L’Age d’Homme, 2015

Comme les mâles n’ont aucune valeur commerciale, on les jette. Certaines compagnies les gazent, mais souvent on les empile vivants dans un sac en plastique où ils étouffent sous le poids de leurs congénères qui viennent après eux. D’autres sont broyés, encore vivants, pour être transformés en nourriture pour leurs sœurs. (…) Il est impossible de dire au juste combien meurent de chaque façon particulière, parce que personne n’en tient le registre : les éleveurs envisagent cette question comme nous voyons le fait de sortir les ordures. Peter Singer, La libération animale, Payot & Rivages, 2012

L’industrie française de la volaille tue ainsi des millions de poussins par an, en les broyant vivants, en les entassant dans des grands sacs en plastique où ils finissent par mourir étouffés, en les jetant vivants dans des bennes à ordure, ou encore en les gazant. Thomas Lepeltier, La révolution végétarienne, Editions Sciences humaines, 2013

« Dès que les femelles parviennent à maturité – entre seize et vingt semaines pour les poules –, on les enferme dans des hangars et on baisse la lumière ; parfois elles restent dans l’obscurité totale vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours par semaine. Puis on les soumet à un régime à très faible teneur en protéines, presque un régime de famine. Cette période dure de deux à trois semaines. Ensuite on allume la lumière seize heures par jour, voire vingt dans le cas des poules, de sorte qu’elles croient que c’est le printemps, et on commence à leur donner une nourriture plus riche en protéines. Les poules se mettent aussitôt à pondre.* » *Témoignage d’un éleveur Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ?, Le Seuil, coll. « Points », 2012

Il faut savoir que, en France, environ 80% des poules pondeuses sont élevées en cage de batterie. Ce qui veut dire confinement extrême. Elles sont ainsi entassées par dizaines de milliers dans d’immenses hangars, où la lumière du soleil ne pénètre pas ou peu et où la concentration en ammoniaque due aux déjections rend l’air irrespirable, au point que les éleveurs y pénètrent souvent avec un masque. Thomas Lepeltier, La révolution végétarienne, Editions Sciences humaines, 2013
La France utilise 46 millions de poules pondeuses par an. (…) Ces poules pondeuses vivent entassées à plusieurs dans des cages alignées à l’intérieur de hangars qui contiennent jusqu’à 100 000 oiseaux. Dans sa cage de batterie, chaque poule européenne disposait jusqu’en 2012 d’un espace correspondant à une feuille A4 (550 cm2). Désormais, elle bénéficie officiellement d’un espace supplémentaire équivalent à… un post-it ! Il va sans dire que, dans cette configuration, la poule ne peut rien faire d’autre que se tenir debout sur ses pattes. Aymeric Caron, No steak, Editions J’ai Lu, 2014

Les cages ont un sol incliné fait en grillage. La pente – habituellement de 20% - rend moins confortable aux oiseaux la station debout, mais elle fait que les œufs roulent vers le devant de la cage où il est facile de les ramasser à la main ou, dans les entreprises les plus modernes, de les transporter par tapis roulant vers les installations d’emballage. Peter Singer, La libération animale, Payot & Rivages, 2012

La poule sauvage, pas plus que les autres oiseaux, ne pond des œufs en surnombre, si ce n’est lorsqu’elle se prépare à élever une couvée de poussins au printemps. Si les poules pondent tant d’œufs, ce n’est pas parce que c’est naturel chez elles, mais parce que la lumière stimule la glande pituitaire située à la base du cerveau, laquelle sécrète alors une plus grande quantité d’hormones, lesquelles hormones stimulent les ovaires. Ces observations sont restées ignorées jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Quand les lumières restent allumées, les poules mangent et pondent vingt et une heures sur vingt-quatre, perturbées par la disparition continuelle de leurs œufs. Jeffrey Moussaieff Masson, Le cochon qui chantait à la lune, Le monde émotionnel des animaux de ferme, One Voice, 2010

Konrad Lorenz a décrit le processus de ponte comme étant la pire torture que doit subir une poule en batterie : « Pour qui connaît un peu les animaux, il est vraiment déchirant d’observer comment une poule tente encore et encore de se glisser sous ses compagnes de cage, pour y chercher en vain un abri. Dans de telles circonstances, il ne fait aucun doute que les poules se retiendront de pondre le plus longtemps possible. Leur répugnance instinctive à pondre au milieu de la foule de leurs codétenues est certainement aussi forte que la répugnance qu’éprouvent les gens civilisés à déféquer dans une situation analogue. » Peter Singer, La libération animale, Payot & Rivages, 2012

« En contrôlant la lumière, la nourriture et l’heure des repas, l’industrie est en mesure de forcer les volailles à pondre toute l’année. Et c’est ce qu’on fait. Une dinde pond aujourd’hui 120 œufs par an et une poule plus de 300. (…) Au bout de cette première année, on les tue parce qu’elles ne pondront pas autant d’œufs l’année suivante – l’industrie a conclu que ça revenait moins cher de les tuer et de recommencer le cycle que de nourrir et loger des oiseaux qui pondent moins d’œufs.* » *Témoignage d’un éleveur Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ?, Le Seuil, coll. « Points », 2012

Cette productivité a pour conséquence que beaucoup de poules connaissent de douloureuses descentes d’organes (ou prolapsus) jusqu’à ce que l’utérus sorte de leur cloaque. Thomas Lepeltier, La révolution végétarienne, Editions Sciences humaines, 2013

Dans les conditions qui sont la norme dans les fermes à œufs modernes aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et dans presque tous les autres pays développés (…), les oiseaux ne peuvent satisfaire aucun de leurs instincts naturels. Ils ne peuvent aller et venir, gratter le sol, se baigner dans la poussière, construire un nid ni étendre leurs ailes. Ils ne font pas partie d’un groupe. (…) Le degré extraordinaire d’entassement provoque chez les poules ce que les scientifiques appellent un « état de stress », qui s’apparente au stress que vivent les êtres humains quand ils sont soumis à un entassement extrême ou au confinement, ou quand on les empêche de se livrer à leurs activités de base. Peter Singer, La libération animale, Payot & Rivages, 2012

Karen Davis est une des spécialistes de la vie des poules qui font le plus autorité. (…) Elle m’explique que des poules qui passent leur vie entière enfermées dans des cages grillagées s’adonneront tout de même à des bains de poussière « dans le vide », tant leur instinct de propreté est fort. Ce n’est plus qu’une gesticulation creuse, car elles ne peuvent que se comporter comme si elles étaient à l’extérieur et disposaient réellement de cette poussière. Jeffrey Moussaieff Masson, Le cochon qui chantait à la lune, Le monde émotionnel des animaux de ferme, One Voice, 2010

« Les poules en batterie que j’ai observées paraissent perdre leurs esprits vers l’âge où elles auraient normalement été sevrées par leur mère pour partir dans l’herbe chasser les sauterelles pour elles-mêmes. Oui, littéralement, en fait, la batterie devient une maison de fous pour gallinacés.* » *Roy Bedichek, naturaliste Peter Singer, La libération animale, Payot & Rivages, 2012

Les poules, comme les humains dans les camps de concentration, s’accrocheront obstinément à la vie dans les conditions les plus misérables. Il est pourtant courant pour un producteur d’œufs de perdre entre 10 et 15% de ses poules dans une année, beaucoup mourant clairement du stress causé par l’entassement et par les problèmes qui y sont liés. Peter Singer, La libération animale, Payot & Rivages, 2012

Avec le temps, les griffes de certaines poules se referment de façon permanente sur le grillage, jusqu’à ce qu’on les arrache de force lors du ramassage pour l’abattoir. Thomas Lepeltier, La révolution végétarienne, Editions Sciences humaines, 2013

Par acquit de conscience, certains ont pris l’initiative de réduire l’achat de produits trop marqués du sceau de la cruauté. Les premiers de ces produits à venir à l’esprit sont les œufs de poules élevées en batterie. A la place, ces consommateurs consciencieux essayent de n’acheter que des œufs de poules élevées en plein air, éventuellement dans des établissements bio. Passons sur le fait que, en général, ils ne vont quand même pas jusqu’à s’interdire d’acheter des plats déjà préparés pour lesquels des œufs ont été utilisés, alors que ceux-ci proviennent presque toujours de poules élevées en batterie. Thomas Lepeltier, La révolution végétarienne, Editions Sciences humaines, 2013

Mais il ne faut pas rêver non plus. Pour un minimum de rentabilité, la concentration en poules dans ces élevages [de plein air] atteint parfois un niveau si élevé – de 6 à 9 poules au mètre carré – que leur qualité de vie reste très médiocre (très peu d’accès à l’extérieur, sol jonché d’excrément, agressivité entre poules due à leur concentration, etc.). (…) Ces élevages de poules pondeuses se fournissent toujours en poussins auprès de couvoirs industriels où tous les mâles (la moitié des poussins) sont cruellement broyés ou asphyxiés juste après leur éclosion. Ensuite, ces poules destinées aux élevages en plein air ont souvent eu, lors d’une opération très douloureuse, leur bec coupé pour éviter qu’elles ne se battent dans ces élevages qui restent à forte densité. Enfin, quand les poules atteignent un âge où leur taux de ponte diminue significativement, vers deux ans environ alors qu’elles pourraient vivre jusqu’à huit ou dix ans, si ce n’est plus, elles sont systématiquement envoyées à l’abattoir. Thomas Lepeltier, La révolution végétarienne, Editions Sciences humaines, 2013

Les conditions de vie en élevage bio ou en extensif sont globalement moins mauvaises qu’en intensif. Cependant (…) les poussins mâles sont broyés ou gazés pour la production d’œufs (…) et un nombre excessif d’animaux sont élevés ensemble : en bio, le nombre de poules pondeuses peut aller par exemple jusqu’à 3’000 individus dans le même bâtiment. Quant aux abattoirs bio, ils n’existent pas. Les Désobéissants, Désobéir pour les animaux, Editions le passager clandestin, 2014

Jusqu’à la fin, les producteurs d’œufs ne permettent à aucun sentiment d’affecter leur attitude envers ces oiseaux qui leur ont pondu tant d’œufs. (…) « Ne donnez plus de nourriture aux poules à réformer » : tel est le conseil que donne aux éleveurs le titre d’un article de la revue Poultry Tribune, dont le texte explique que la nourriture donnée aux poules au cours des trente heures qui précèdent l’abattage est de la nourriture gaspillée, puisque les transformateurs ne paient maintenant plus pour les aliments restés dans le tube digestif. Peter Singer, La libération animale, Payot & Rivages, 2012

Imaginez-vous dans un ascenseur bondé, si bondé que vous ne pouvez-vous retourner sans bousculer (et énerver) votre voisin. On y est si serrés que parfois vos pieds ne touchent pas le sol. (…) Il n’y a aucun répit, aucun soulagement. Aucun réparateur ne se présente. Les portes s’ouvriront une seule fois, à la fin de votre vie, pour un trajet vers le seul endroit pire que celui-ci. Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ?, Le Seuil, coll. « Points », 2012

Au bout d’une année environ, au maximum deux, elles sont arrachées brutalement de leurs cages pour être tuées. Il faut bien se représenter visuellement l’opération. Ces poules, auxquelles personne n’a jamais porté la moindre attention, vont devoir être mises dans des caisses ou cageots qui seront entreposés sur un camion, direction l’abattoir. N’allez pas imaginer que les opérateurs vont soudainement se mettre à faire preuve de délicatesse à leur égard, d’autant plus qu’ils doivent en manipuler des dizaines de milliers. Ils vont donc les attraper très rapidement – rentabilité oblige – et les jeter dans ces caisses où elles ont encore moins de place que dans leurs anciennes cages et où elles finissent par s’empiler les unes sur les autres. Avec ce traitement, la casse est bien sûr au rendez-vous : pattes cassées, ailes arrachées, hanches démises, etc. Qu’importe les dégâts, puisqu’elles ne sont pas destinées à finir en poulet rôti élégamment présenté lors du repas dominical. Sous forme de bouillon de poulet, personne ne remarquera dans quel état elles ont fini. Thomas Lepeltier, La révolution végétarienne, Editions Sciences humaines, 2013

ABATTOIR

Quel que soit le temps dehors, il fait chaud dans la salle de mise à mort, entre 32 et 38 degrés. Les chaudrons maintiennent aussi le taux d’humidité autour de 100%. La vapeur d’eau forme dans l’air une sorte de voile permanent. Virgil Butler (ancien employé d’abattoir), Dans le crâne d’un tueur, Traduit de l’anglais par David Olivier, Les Cahiers antispécistes n° 23

Une fois qu’ils seront arrivés à destination, d’autres employés devront suspendre chaque volaille par les pattes à des sortes de menottes fixées à un convoyeur aérien automatique. Cette phase occasionne de nouvelles fractures d’os. Il arrive souvent que les cris et les battements d’ailes des poulets atteignent un tel volume sonore qu’un employé n’entend pas ce que lui dit son voisin sur la chaîne. La peur et la douleur font fréquemment déféquer les oiseaux. Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ?, Le Seuil, coll. « Points », 2012

De la pièce d’à côté viennent les cris des poulets en train d’être suspendus par les pattes dans les pinces d’acier, ainsi que le cliquettement de ces pinces. Vous entendez le bruit des moteurs qui font avancer les poulets sur la chaîne. Le tout est tellement fort que vous pouvez hurler sans vous entendre vous-même. (J’ai essayé, juste pour voir.) Vous communiquez donc par signes si quelqu’un vient dans votre salle ; mais cela n’arrive pas souvent, on n’y vient que par obligation. Virgil Butler (ancien employé d’abattoir), Dans le crâne d’un tueur, Traduit de l’anglais par David Olivier, Les Cahiers antispécistes n° 23

Les crochets suivent alors un rail en mouvement qui amène les oiseaux terrifiés vers un bain d’eau électrifiée dans lequel leur tête est plongée afin de les étourdir. Mais l’opération est loin de toujours fonctionner très bien, soit parce qu’une poule ayant la mauvaise idée de se débattre n’est pas plongée suffisamment longtemps ou profondément dans le bain ; soit parce que l’intensité électrique est mal réglée ; ou soit parce qu’une poule est particulièrement résistante. Thomas Lepeltier, La révolution végétarienne, Editions Sciences humaines, 2013

Après son passage dans le bain électrisé, il n’est pas rare de voir les yeux d’un poulet paralysé bouger encore. Parfois, les oiseaux gardent un contrôle suffisant de leur corps pour ouvrir lentement le bec, comme s’ils essayaient de crier. Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ?, Le Seuil, coll. « Points », 2012

Le rail conduit ensuite les poules vers une lame tournante qui leur coupe la gorge, pour qu’elles se vident de leur sang. Thomas Lepeltier, La révolution végétarienne, Editions Sciences humaines, 2013

Le sang s’écoulera des animaux, à moins que la lame n’ait manqué les artères vitales, ce qui, selon un employé avec qui je me suis entretenu, arrive « sans arrêt ». Il vous faudra alors prévoir quelques employés de plus pour jouer les « tueurs d’appoint » chargés d’égorger les oiseaux que le trancheur automatique aura manqués. A moins qu’eux aussi ne ratent leur coup, ce qui, m’a-t-on dit, arrive aussi « sans arrêt ». Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ?, Le Seuil, coll. « Points », 2012

On peut s’attendre à devoir s’occuper d’un poulet sur cinq environ, dont beaucoup ne sont pas insensibilisés. Ils arrivent, comme je l’ai dit, à la vitesse de 182 à 186 par minute. Il y a du sang partout, qui tombe dans le bac de 8 x 8 x 50 cm sous la machine, sur votre visage, sur votre cou, vos bras, sur toute la surface de votre tablier. Vous êtes couvert de sang. Parfois il vous faut essuyer le sang coagulé, sans quitter des yeux la chaîne, de peur d’en manquer un ; ce qui arrive... Virgil Butler (ancien employé d’abattoir), Dans le crâne d’un tueur, Traduit de l’anglais par David Olivier, Les Cahiers antispécistes n° 23

Du coup, certaines poules sont toujours conscientes lorsqu’elles passent à l’étape suivante qui consiste à les plonger dans l’échaudoir, c’est-à-dire une cuve d’eau à 52 degrés, pour faciliter l’opération de plumage qui suit. Il faut bien comprendre que les ratés ici évoqués ne sont pas des exceptions. Dans des abattoirs modernes qui tuent de 8’000 à 10’000 poules à l’heure, soit environ 170 oiseaux à la minute, il est difficile, voire impossible, d’assurer une mise à mort relativement indolore à des animaux qui se débattent… Thomas Lepeltier, La révolution végétarienne, Editions Sciences humaines, 2013

Vous ne pouvez pas les prendre tous, mais vous essayez. Chaque fois que vous en manquez un, vous « entendez » les cris terribles qu’il fait en se débattant dans le chaudron, se heurtant aux parois. (…) Vous savez que pour chaque poulet que vous voyez souffrir ainsi, il y en a jusqu’à dix que vous n’avez pas vus. Vous le savez, tout simplement. Virgil Butler (ancien employé d’abattoir), Dans le crâne d’un tueur, Traduit de l’anglais par David Olivier, Les Cahiers antispécistes n° 23

LES RESPONSABLES

Dans un abattoir de Virginie-Occidentale fournissant KFC, il a été établi que les employés arrachaient la tête de poulets vivants, leur crachaient du tabac dans les yeux, leur coloraient la tête à la bombe à peinture et les piétinaient violemment. Ces actes ont été constatés des dizaines de fois. Cet abattoir n’était pourtant pas une « brebis galeuse », mais au contraire un « fournisseur de l’année ». Imaginez ce qui se passe à l’abri des regards dans les abattoirs qui n’ont pas été primés. Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ?, Le Seuil, coll. « Points », 2012

Vous êtes en train d’assassiner des oiseaux sans défense par milliers - 75’000 à 90’000 par nuit. Vous êtes un tueur. Vous ne pouvez vraiment en parler à personne. Les gars avec qui vous travaillez vous prendront pour un tendre. Votre famille et vos amis ne veulent pas en entendre parler. (…) Certains ne veulent plus trop vous fréquenter quand ils savent ce que vous faites pour vivre. Vous êtes un tueur. Vous êtes désespéré, vous pensez à autre chose, de peur de finir comme ceux qui perdent l’esprit. (…) Il faut essayer de penser à autre chose pour essayer de se distancer de la situation. (…) La plupart des gens qui travaillent dans cette salle ou dans la cage à suspendre les poulets prennent quelque chose, un stimulant pour les aider à tenir le rythme, et quelque chose aussi pour échapper à la réalité. Vous avez honte de dire aux autres ce que vous faites la nuit pendant qu’eux dorment dans leur lit. Vous êtes un tueur. Vous finissez par débrancher toutes les émotions. (…) Vous avez des factures à payer. Il faut manger. Mais vous ne voulez pas de poulet. Ça, il faut vraiment que vous ayez faim pour en manger. Vous savez de quoi est faite chaque bouchée. Toute l’horreur, toutes ces choses négatives. Toute la brutalité. Toutes ces choses, concentrées dans chaque bouchée. Vous vous sentez à part de la société, vous n’avez pas l’impression d’en faire partie. Vous êtes seul. Vous vous savez différent des autres gens. Ils n’ont pas dans leur tête ces visions de mort horrible. Ils n’ont pas vu ce que vous avez vu. Et ils ne veulent pas le voir. Ni même en entendre parler. Sinon, comment feraient-ils, après, pour avaler leur bout de poulet ? Virgil Butler (ancien employé d’abattoir), Dans le crâne d’un tueur, Traduit de l’anglais par David Olivier, Les Cahiers antispécistes n° 23

D’où vient cette volonté du corps social de faire accomplir la tuerie par les plus pauvres, les mal-aimés de la vie, payés comme il se doit à un prix dérisoire ? Comme il serait facile de concentrer le regard sur les tueurs patentés qui œuvrent en notre nom collectif ! Fabrice Nicolino, Bidoche : L’industrie de la viande menace le monde, Les Liens qui libèrent, 2009

Constatons-le, les problèmes posés par le détournement de ce qui appartient intimement aux animaux ne se résument pas à une affaire de mauvais traitements que quelques réglementations suffiraient à faire disparaître. Elles y échouent d’ailleurs. Ces mauvais traitements sont inhérents au système de production du point de vue de son organisation et, plus radicalement, du point de vue de l’esprit qui l’anime : un système fondé sur l’exploitation des animaux est incompatible avec leur respect puisqu’il en est la négation même, sauf à vider totalement le respect de ce qui le caractérise. Ainsi, les efforts de l’institution pour qualifier d’éthiques et de respectueuses de l’animal les pratiques de boucherie et d’expérimentation, notamment, ne relèvent-ils que d’une entreprise de communication. Florence Burgat, La cause des animaux, Pour un destin commun, Buchet Chastel, 2015

Les barons de l’élevage industriel savent que leur modèle d’activité repose sur l’impossibilité pour les consommateurs de voir (ou d’apprendre) ce qu’ils font. Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ?, Le Seuil, coll. « Points », 2012

Les industriels en question affirment n’avoir aucune raison d’avoir honte de leurs activités. Mais s’ils avaient l’esprit en paix, pourquoi feraient-ils tant d’efforts pour les dissimuler ? Ils savent fort bien que la demande des consommateurs baisserait spectaculairement si ces derniers voyaient ce qui se passe dans les élevages de masse et dans les abattoirs. Matthieu Ricard, Plaidoyer pour les animaux, Allary Editions, 2014

La pérennité de l’industrie de la viande repose en bonne partie sur les études de marché et la publicité, aux côtés des discours de légitimation émanant des médecins, des nutritionnistes (les voix dissidentes sont rares en France) et donc des institutions au sein desquelles ils ont été formés, ou encore du Centre d’information des viandes, qui font cause commune avec cette industrie. Si la publicité a toujours pour rôle d’habiller, de sublimer, de déplacer un propos, elle a ici pour tâche d’occulter les conditions de vie et de mort des animaux, voire cette mort elle-même. Florence Burgat, La cause des animaux, Pour un destin commun, Buchet Chastel, 2015

En 2009, PETA, la plus importante organisation mondiale qui milite pour diminuer la maltraitance animale, était prête à payer deux millions de dollars (le prix d’une minute de publicité le jour de Thanksgiving, au moment de la finale de championnat de football américain) à la chaîne de télévision américaine NBC pour diffuser un spot publicitaire relativement anodin qui montrait une famille sur le point de manger la dinde traditionnelle. Dans le spot, lorsque l’un des parents demandait à la petite fille de dire la prière de bénédiction du repas, elle racontait le sort cruel qu’avait subi la dinde jusqu’à sa mise à mort. Les seules images étaient celles de la famille à table. La chaîne refusa de diffuser ce spot. Matthieu Ricard, Plaidoyer pour les animaux, Allary Editions, 2014

Mon propos n’est pas de désigner ceux qui font des choses aux animaux comme cruels et malicieux. Au contraire, les attitudes des producteurs ne sont pas fondamentalement différentes de celles des consommateurs. Les méthodes d’élevage [décrites] ne sont que l’application logique des attitudes et des préjugés qui sont discutés ailleurs dans ce livre. Dès lors que nous plaçons les animaux non humains à l’extérieur de notre sphère de considération morale et que nous les traitons comme des choses à utiliser pour satisfaire nos propres désirs, le résultat est prévisible. Peter Singer, La libération animale, Payot & Rivages, 2012

« Au milieu de notre style de vie lié aux hautes technologies, l’ostentation et l’hédonisme, parmi les monuments les plus remarquables de l’histoire, de l’art, de la religion et du commerce, il y a les « boîtes noires ». Ce sont les laboratoires de recherche biomédicale, les fermes productivistes et les abattoirs – des complexes sans visage où la société mène son sale boulot d’abus et de meurtre sur des êtres innocents et sensibles. Ce sont nos Dachau, nos Buchenwald, nos Birkenau. Comme les bons bourgeois allemands, nous avons une idée assez précise de ce qui s’y passe, mais nous ne voulons pas vraiment être confrontés à la réalité.* » *Alex Hershaft, fondateur et président du Farm Animal Reform Movement (FARM) Charles Patterson, Un éternel Treblinka, Calmann-Lévy, 2008

On pourrait facilement blâmer l’inertie des citoyens qui, même s’ils ne peuvent plus regarder sans frémir une vache se faire découper en morceaux, restent attachés à leur steak. (…) Il serait également possible de mettre en cause les responsables de l’industrie alimentaire qui font tout leur possible pour faire oublier aux consommateurs la souffrance qui se cache derrière la viande, le lait et les œufs. Une autre cible pourrait être les hommes et femmes politiques qui ne veulent pas s’en prendre au secteur économique très puissant organisant la production et la distribution de ces aliments. Toutefois, si tous ces acteurs ont incontestablement leur part de responsabilité dans la perpétuation du grand massacre des innocents, ils ne sont pas les seuls à blâmer. La résistance au changement est également soutenue par un grand nombre d’intellectuels (universitaires, experts, journalistes) qui s’en prennent régulièrement à la cause animale (…). Comprenez bien. Quand un film est tourné à l’intérieur d’un abattoir et diffusé dans les médias, la plupart des gens sont choqués. Puis confrontés aux arguments des végétaliens, ils cherchent des réponses. Que penser ? Que faire ? Que manger ? Or voilà que ces intellectuels, même s’ils leur arrivent parfois de déplorer la situation actuelle des animaux dits « de rente », en viennent quand même à légitimer leur massacre. (…) Cette accusation n’est pas exagérée. Les prises de position de ces intellectuels visent clairement à critiquer ou empêcher, plus ou moins explicitement, toute velléité de mettre un terme au massacre des animaux. Thomas Lepeltier, L’imposture intellectuelle des carnivores, Max Milo Editions, 2017

JUSQU’À QUAND ?

Aujourd’hui environ 6 milliards de poulets sont élevés chaque année dans l’Union européenne dans des conditions similaires à ce que j’ai décrit, plus de 9 milliards en Amérique, et plus de 7 milliards en Chine. La population indienne, qui s’élève à un peu plus d’un milliard d’individus, consomme très peu de poulets par tête, mais cela représente quand même 2 milliards d’oiseaux d’élevage par an, et le nombre de poulets élevés en Inde augmente – tout comme en Chine – à un rythme extrêmement soutenu (…). En tout, le monde élève aujourd’hui 50 milliards de volailles. 50 milliards. Chaque année, on oblige 50 milliards d’oiseaux à vivre et mourir de cette façon-là. Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ?, Le Seuil, coll. « Points », 2012

Si l’on n’a pas la possibilité d’opter pour une vie sans violence, on peut en revanche choisir de centrer nos repas sur les récoltes plutôt que sur l’abattage, sur l’agriculture plutôt que sur la guerre. Nous avons choisi l’abattage. Nous avons choisi la guerre. C’est là la version la plus vraie de notre histoire de mangeurs d’animaux. Pourrions-nous raconter une nouvelle histoire ? Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ?, Le Seuil, coll. « Points », 2012

Chaque jour, des millions d’agneaux, de veaux, de cochons, de poulets, de vaches, de chevaux et d’autres animaux, la plupart très, très jeunes, et tous innocents, sont transportés vers des centres d’abattage pour y être massacrés, afin de garnir les tables de l’espèce maîtresse. Pourquoi ? Parce qu’ils ne peuvent répliquer et se défendre contre ceux qui vont les tuer et les manger ; parce qu’il y a trop peu de gens désireux et capables de se battre pour eux. Confortée par le déni, l’indifférence et des habitudes stupides qui remontent à nos origines primitives, l’exploitation des animaux semble une caractéristique désespérément pérenne de notre société. La bonne nouvelle, c’est que depuis qu’un nombre croissant de gens disent « non » aux abattoirs et à tout ce qu’ils représentent, on peut espérer qu’un jour, ces atrocités prendront fin. En attendant, cependant, qu’en est-il du massacre de tous ces innocents qui se déroule autour de nous, impitoyablement, chaque jour ? Combien de temps autoriserons-nous sans crier nos protestations que continuent ces meurtres de masse socialement acceptables ? Charles Patterson, Un éternel Treblinka, Calmann-Lévy, 2008

Nicolas Steffen, août 2017